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LES AMIS DE DAME MATHILDE
La Légende

Il était une fois à Dammartin, une ville située sur le plateau de la Goële entre le Multien et l’Aulnay, une comtesse prénommée Mathilde.
La Comtesse Mathilde demeure dans un magnifique château bâti en haut d’une colline, un point stratégique de la région permettant de surveiller les plaines environnantes.

En ce début de 13ème siècle, Dammartin est une ville prospère où vivent artisans, maraîchers et vignerons qui alimentent par le fruit de leur labeur des marchés de la ville aux marchés parisiens. Les nombreuses auberges offrent le gîte et le couvert aux voyageurs et aux visiteurs venus s’approvisionner des produits du terroir. De nombreux villageois peuplent les bourgs composants le compté de Dammartin plus ou moins éloignés les uns des autres, mais tous bordés par une épaisse forêt regorgeant de gibiers de toutes sortes.Et même on raconte qu’une sorcière vit retranchée au fond des bois et qu’elle bénéficie de l’abondance des fleurs sauvages pour y concocter quelques potions dont elle seule a le secret.

C’est en 1214 après avoir vaincu le seigneur des lieux Renaud de Dammartin lors de la Bataille de Bouvines, le roi de France l’emprisonne dans les geôles de Paris et afin de s’approprier définitivement son fief, le roi marie alors son propre fils Philippe de Hurepel à Mathilde, fille de Renaud et comtesse de Dammartin.
Cette union purement stratégique ordonnée par le roi entre ces 2 très jeunes gens est donc un mariage de raison au sein duquel l’amour n’a pas sa place et pourtant …
Un beau matin de printemps, le comte se prépare à parti chasser dans la forêt de son domaine en compagnie de Jean Breton seigneur de l’Aulnay et d’Hugues de Plailly seigneur de Moussy-le-vieux. Les chevaux piaffent d’impatience tandis que les serviteurs tentent de les maintenir. Qu’ils ont fière ailleurs ces seigneurs assis sur leurs montures, parés de leurs armes et vêtus de leur tenue de chasse. Soudain, une mélodie douce et harmonieuse venant d’un des nombreux appartements de son château attire l’attention du comte. Il donne l’ordre à tous les invités de partir et de commencer à chasser sans lui. Sans perdre un seul instant, le compte abandonne ses hôtes, descend de sa monture devant le pont levis et s’élance vers son château. Il traverse la grande cour pavée et s’engouffre dans sa demeure pour y découvrir d’où provient ce chant divin. Il lui semble que chaque notre de musique flotte devant ses yeux forment un chemin imaginaire le portant jusqu’à l’origine de ce chant. Il avance dans les couloirs du château se laissant guider. La mélodie vient de derrière cette épaisse porte en chêne sculptée aux armes du comté faisant office d’entrée des appartements de son épouse. Le comte frappe un coup sec sur le bâti, interrompant par ce geste la douce mélodie. C’est donc sa femme !

Philippe de Hurepel comprend alors que bien avant de découvrir la bonté et la grandeur d’âme de Mathilde, il vient de tomber sous le charme de sa voix. Une voix qu’elle a reçue tel un don du ciel le jour de sa naissance. Depuis ce moment, le compte ne se lasse pas d’entendre chanter Mathilde. Il peut rester des heures à écouter chanter son épouse. Mathilde aime chanter et elle est heureuse de pouvoir assouvir sa passion sous le regard protecteur et émerveillé du comte. Lui est fasciné par la pureté de sa voix et le comte est prêt à faire tout ce qui est en son pouvoir pour plaire à son épouse. Et ce qui devait arriver arriva.
La complicité née de l’admiration que Philippe porte à son épouse se transforme en un amour réciproque …
Aussi, Philippe part souvent plusieurs jours pour affronter d’autres valeureux seigneurs dans les tournois alentours. Alors Mathilde profite de ses absences pour satisfaire un autre de ses plaisirs ; se promener dans la forêt du comté de Dammartin.

Elle aime errer dans la fraicheur des sous bois, guetter les animaux non pas pour les chasser mais pour le seul bonheur des les contempler.
Mathilde raffole également des fleurs sauvages qui fleurissent en grand nombre dans la forêt et qui éveillent ses sens par leurs couleurs variés et leurs senteurs enivrantes. Souvent Mathilde se plait à se poster sur le chemin de Garde la Forteresse et tel un seigneur admirant son domaine, observe l’étendue d’arbres dressés fièrement à ses pieds. Enfin lorsque ses sens étaient rassasiés de contempler ce paysage familier, elle redescend le cœur rempli d’une paix profonde. Philippe n’ignore pas l’adoration que porte sa femme pour son domaine et pour les fleurs sauvages. Il y voit même l’opportunité de prouver à Mathilde toute l’importance qu’elle a prise dans sa vie.

Ainsi, afin qu’il y en ait en abondance, le comte prend une décision aussi importante qu’excessive.
Il décrète que la cueillette de toutes les fleurs sauvages poussant dans la forêt est désormais interdite.
Il espère en fait, par cet acte démesuré plaire et se faire aimer par sa belle.

Mais alors pourquoi Pestine la sorcière craint-elle cette interdiction de la cueillette ?
Pourquoi Pestine rentre t’elle dans un si grande fureur à l’annonce du décret ?

La raison est simple et pour la comprendre il faut revenir plusieurs années en arrière.
A cette époque, Pestine sévissait déjà sur le fief et son influence était autre. Des folles histoires se racontaient sur son compte et les villageois la craignaient énormément. Chaque fois qu’ils l’entendaient dans la forêt pousser le cri strident qui annonçait son arrivée « PESTIFOUILLLLLLLLE » il se cachait pour ne pas la croiser par crainte de provoquer sa colère. Mais un jour un jeune paysan qui n’avait pas eu le temps de fuir se retrouvait nez à nez avec Pestine, immobile et terrorisé à l’idée de ce qui allait lui arriver ; alors que tous les villageois à couvert dans leur cache épiaient la scène et s’attendaient à ce que les foudres de la sorcière s’abattent sur le pauvre gueux, ils eurent la surprise de voir Pestine lui tendre le breuvage que le jeune garçon ingurgita par peur de désobéir.

La sorcière s’en retourna sans plus attendre dans la forêt en hurlant des Pestifouilllllllllleeess. Les villageois avaient compris que Pestine la sorcière ne pouvait pas jeter de sorts. La seule puissance qu’elle possédait était la science des plantes. Pestine eut vent de ce que les villageois envisageaient de lui faire subir et avant qu’ils aient le temps d’agir, elle décidait de prendre les devants. Elle mit au point une potion magique pour rendre les villageois inoffensifs à son égard. Elle la déversait dans l’eau de la source qui aliment la fontaine du village. Celle-ci serait bue par tous et grâce à l’effet de la potion magique, Pestine avait sous son contrôle tous ces paysans et plus aucun d’eux ne penseraient à la pourchasser.

Qu’elle idée ingénieuse ! 
Et pour cela grâce à un simple filtre concocté avec de la bave de crapaud, quelques larmes de bébés, un œil de hibou et deux ailes de chauve-souris, le tout devant bouillir une journée dans une marmite avec de l’eau de pluie et de la Valériane.
La Valériane, cette plante sauvage qui pousse dans la forêt et que Pestine pouvait cueillir en toute quiétude avant que le comte n’en décide l’interdiction.

Et voilà la raison pour laquelle la sorcière est furieuse à l’annonce de décret. Sans Valériane plus de filtre et sans filtre plus de contrôle qui lui assure sa tranquillité sur les paysans du village.
Elle ne veut pas perdre cette influence sur les paysans qui lui assure paix et tranquillité. Il faut donc qu’elle trouve une solution qui amène le comte à changer sa décision. Mais quoi qu’il arrive, elle jure de se venger de cet affront. Un jour que Philippe s’est absenté défier quelques seigneurs dans des tournois de joutes, Mathilde fait seller son cheval et part pour sa promenade habituelle en forêt.
Mathilde cache un grand secret ! ?

A peine est-elle en forêt, à l’abri des regards des gens du château et des villageois, que Mathilde y rencontre un personnage extraordinaire qui l’accompagne durant ses chevauchées dans les bois. Il s’appelle Nuskul, il est de très petite taille avec un corps de lutin. Nuskul peut paraître effrayant aux yeux des hommes. Ce qui plait à Mathilde chez ce personnage mi-homme mi-créature, c’est sa gentillesse et son sens du dévouement. Il accompagne la comtesse durant toutes ses promenades. Il est devenu son confident et elle a profondément confiance en lui. Il connaît les bois mieux que quiconque. Mais pour raison qu’elle ignore, il y a une travée au cœur de la forêt qu’il se refuse d’emprunter. C’est un sentier sinueux très sombre et chaque fois que Mathilde tente de s’y engager, son ami Nuskul use de tout son pouvoir de persuasion pour la dissuader.

Il fait un soleil de plomb cet après-midi là lorsque Mathilde s’éloigne du château et démarre sa promenade. La chaleur est étouffante. Elle entre dans la forêt mais à son grand étonnement son ami Nuskul ne vient pas la rejoindre. Mathilde s’aventure un peu plus loin pour rechercher la fraicheur et pourquoi ne pas y rencontrer Nuskul qui doit l’attendre à l’angle d’un sentier. Mais plus loin toujours pas de trace de son ami. A force d’avancer elle se retrouve aux abords du sentier que Nuskul ne veut jamais emprunter.
Mais Nuskul n’est pas là aujourd’hui et la curiosité de Mathilde l’emporte sur la raison.
Mathilde ne se doute pas un seul instant que la sorcière épie ses faits et gestes depuis plusieurs semaines. Elle avance dans cette allée de la forêt qu’elle ne connaît pas. Il fait sombre, trop sombre même en ce tout début d’après-midi et l’air est irrespirable par la chaleur et après ces longues heures de balade la soif commence à la tirailler. Tout à coup, au détour d’un sentier, elle se retrouve face à face avec Pestine la sorcière qui l’attend debout au milieu du chemin. Pestine prose à Mathilde sa gourde afin qu’elle puisse de désaltérer.

« Ah chère comtesse ! Quand je pense que cela fait des jours et des jours que je cherche en vain un moyen pour vous amener jusqu’à moi et qu’il a suffi d’une journée de chaleur pour que vous veniez de vous-même, eh eh eh  !!! »

Et la sorcière partit dans un éclat de rire d’une cruauté à faire froid dans le dos. Tout à coup, Mathide eut comme un étourdissement, puis la sensation que les arbres bougeaient autour d’elle et que le sol se dérobait sous ses pieds. Elle réalise rapidement qu’elle vient de tomber dans un piège tendu par cette vieille femme. Elle tourne sur elle-même, affolée et cherche du regard autour d’elle espérant que son ami Nuskul apparaisse.

« Que m’est-tu fais boire vieille sorcière ? Que veux-tu ? »
« Ce que je veux ? .....
......Reprendre ma place qui était la mienne dans le village avant que ce maudit comte interdise la cueillette de la Valériane. »

Mathilde se dit alors que la seule issue pour elle est la fuite mais à peine a-t-elle fait un pas qu’elle tombe sur le sol, incapable de bouger tant elle est devenu faible.

« Grace au filtre que tu viens d’ingurgiter, voici le sort que je t’ai réservé ……. ! Pour m’avoir volé mon pouvoir je te vole ta jeunesse… et pour m’voir privé de mon influence, je te prive de ta mémoire. »

Mathilde eut comme un dernier étourdissement et sous l’effet du sortilège que Pestine vient de lui jeter, Mathilde s’évanouit et reste inanimée face contre terre. Elle semble avoir vieilli de 30 ans !..........
Mathilde dort maintenant depuis 2 jours et 2 nuits sur un lit de fortune fait de planches et de paille. Puis elle se éveille d’un bond affolée et apeurée cherchant du regard un visage qui lui serait familier. Seulement elle a beau réfléchir, fouiller au plus profond de sa mémoire, elle ne savait plus qui elle était, ni d’où elle venait.
C’est voyant le cheval de Mathilde revenir seul en fin de journée que Philippe de Hurepel comprend qu’un malheur est sans doute arrivé à son épouse.
Le comte pense tout d’abord à une chute de cheval. Il décide donc de partir immédiatement à sa recherche. Il revient quelques heurs plus tard au château il n’a toujours pas retrouvé la comtesse.
Le lendemain matin, le comte prend la décision d’organiser une battue à travers son domaine avec tous ses serviteurs, les chevaliers du comté et tous ses écuyers accompagnés des chiens afin de ratisser toute la forêt. Mais aucune trace de Mathilde. Mais le comte ne peut se résigner à abandonner ses recherches. Au détour d’un chemin au milieu des champs, il entend une femme chanter. Cette voix, la pureté de ce chant et la douceur de cette mélodie, il l’a connaît. Ce ne pouvait être qu’elle. Soudain, le même chemin imaginaire fait de notes de musique qui l’avait conduit jadis jusqu’aux portes des appartements de son épouse, le conduit cette fois-ci jusqu’à une vieille paysanne au milieu du verger qui chante tout en cueillant des pommes.

Pestine la sorcière en ensorcelant Mathilde l’a certes privé de sa jeunesse et de sa m mémoire mais elle ne lui a pas ôté la beauté de sa voix lorsqu’elle chante. C’est en l’entendant chanter que le comte reconnaît sa bien-aimée. A la vue de cet homme qui se rapproche d’elle et qui la fixe du regard, Mathilde est prise par l’émotion et retrouve comme par enchantement une partie de sa mémoire et se souvient qui est le comte pour elle. Elle regarde l’homme qu’elle aime debout face à elle lorsqu’un autre souvenir enfoui lui revint avec force.

« Je me souviens, c’est Pestine la sorcière qui m’a fait boire un filtre et m’a ensorcelé pour se venger. Il faut la retrouver. Elle seule peut me délivrer du maléfice. »

C’est alors qu’apparaît un être étrange et disgracieux, de très petite taille avec un corps de lutin mais une tête disproportionnée. C’est Nuskul qui interpelle le comte :

« Seigneur, je sais ou vous pouvez trouver la sorcière. Il y a bien longtemps, plus de vingt années je crois, alors que Pestine poussait son terrible hurlement annonçant sa venue, je n’ai pas été assez vif pour me cacher et je me suis retrouvé nez à nez avec elle. J’avais tellement peur que j’ai bu le filtre qu’elle m’a tendu sans protester et je suis ainsi devenu son esclave. Elle s’est aussi servit de moi pour attirer la comtesse dans un piège. Mais tout cela a assez duré et j’implore votre pardon. Et pour faire preuve de ma bonne foi, je vais vous conduire à sa cachette au fin fond de la forêt. »

A peine a-t’il le temps d’achever sa phrase que le comte remonte sur son cheval et ordonne à Nuskul de le conduire jusqu’au repaire de la sorcière.
La forêt se fait de plus en plus épaisse au fur et à mesure qu’ils se rapprochent du lieu indiqué par Nuskul.
Le comte avance lorsque d'un coup tous les grands arbres, les ronces et les épines s’écartent pour le laisser passer mais se rapprochent aussitôt, empêchant ses serviteurs de le suivre.
Pestine, ne s’attend pas à la venue du comte et elle reste un instant paralysée de terreur, en le voyant pointer sur elle d'un air menaçant.

Le comte lui ordonne de préparer l’élixir afin que Mathilde retrouve sa jeunesse et sa mémoire. Il lui promet de lui laisser la vie sauve mais enfermée éternellement dans les geôles du château.
De retour dans leur château, Mathilde boit la potion et redevient telle qu’elle l’avait été avant sa malheureuse rencontre. Elle raconte à son époux comme elle s’était liée d’amitié avec Nuskul qu’elle avait cru être dans un premier temps sorti tout droit de son imagination. Puis comment après avoir croisé la route de la sorcière elle s’était retrouvée dans ce village, recueillie par ces paysans qui n’ont pas hésité un instant à la secourir en partageant leur repas et leur toit.

Une fois le temps des retrouvailles passés, la première décision que prit le comte fut d’emprisonner Pestine dans les geôles du château et de confisquer son grimoire qui contient toutes les formules magiques, pour le cacher dans un coin du château que lui seul connaît.

La seconde décision fut de loger Nuskul au sein même du château, pour que Mathilde ait son fidèle ami près d’elle et qu’ils puissent continuer leurs promenades en toute sécurité. Enfin, Philippe de Hurepel voulut absolument témoigner toute sa reconnaissance à ses sujets.

C’est ainsi qu’en remerciement pour leur dévouement, le compte Philippe de Hurepel et la comtesse Mathilde prirent la décision qu’un festin serait organisé et offert aux villageois en leur honneur et qu’il se tiendrait dans la cour du château une fois par an dans les derniers jours de printemps.

Fin.